Apprendre en jouant, oui mais pourquoi ?

Dans un précédant article, j’avais réfléchis à la question de l’apprentissage du jeu depuis l’angle du comment :  Apprendre par le jeu, oui mais comment ? Aujourd’hui, j’entre plus dans la théorie pour vous parler du pourquoi apprendre en jouant et en quoi le jeu est important dans les apprentissages.  

Pourquoi l’enfant joue ?

Le jeu est« un moyen pour lui de s’approprier le monde, de l’explorer, de l’investir d’un sens et de se remettre de ses contrariétés. » Pour les enfants, « Le jeu constitue une manière à eux de communiquer, d’apprendre ».

Ici, le Dr Cohen associe le jeu, la communication et l’apprentissage.

Donc si l’on considère que le jeu est le vrai langage de l’enfant, l’adulte doit se mettre à sa portée et donc parler son langage : jouer avec un enfant est donc la forme la plus «efficace » pour entrer en communication avec lui. 

 

Selon Winnicott, l’enfant joue :

  • Pour le plaisir
  • pour exprimer de l’agressivité (le jeu permet l’expression réprimée de la violence)
  • pour maîtriser l’angoisse
  • pour accroître son expérience
  • pour établir des contacts sociaux.

Winnicott tient pour essentielle la distinction entre « game » : le jeu strictement défini par les règles, et « play » : le jeu qui se déploie librement, activité caractéristique de l’enfant qui construit un espace dans lequel il expérimente ses angoisses.

Dans leur ouvrage intitulé À l’école du jeu, Pierre Ferran, François Mariet et Louis Porcher définissent les « traits fondamentaux constitutifs de tout acte de jouer »

  • La fiction
  • La détente
  • L’exploration
  • La socialisation
  • La compétition
  • La règle

PAR LE JEU, l’enfant exprime ses représentations, les turbulences de sa vie psychique, et en groupe, il multiplie les possibilités de projection et d’identification.

1 – Le faire semblant :

Faire semblant de dormir… de manger… (je joue à être l’autre) introduit un décalage par rapport aux identifications primaires (je suis l’autre). Ce décalage permet la réalisation d’un dédoublement du sujet (sujet jouant, sujet joué). Ainsi, par le truchement du renversement de la passivité en activité, les enfants économisent beaucoup d’énergie en déplaçant l’angoisse interne en excitation externe, l’affect (par exemple la vengeance) et le retournement d’affect en son contraire : du déplaisir au plaisir.

2- La projection (imitation) :

L’enfant fait boire, manger sa poupée, la fait téléphoner… permet une connaissance des sentiments de l’enfant, de l’image qu’il a de lui-même et des autres. Elle est importante pour le maintien de l’équilibre affectif de l’enfant car elle localise dans l’espace ce qui est projeté. Elle défend l’enfant contre le retour du projeté, elle maintient l’ennemi au dehors.

3- L’assimilation (identification) :

L’enfant se transforme en lion, en maman, un bâton devient son cheval…consiste à éprouver comme le nôtre propre, le sentiment éprouvé ou supposé chez l’autre, cet autre apparaissant généralement comme un être plus ou moins idéal que nous cherchons inconsciemment à imiter : jouer à l’auto comme papa, identification au héros dans les contes…

4 – Les combinaisons symboliques simples :

Des scènes entières de la vie réelle transposée, ou des situations imaginaires, sont jouées.

5 – Les combinaisons symboliques compensatrices :

L’enfant s’accorde, dans le jeu, ce qui lui a été refusé ou qu’il n’ose pas faire dans la réalité.

6 – Les combinaisons symboliques liquidatrices :

L’enfant cherche à revivre une situation désagréable, angoissante, source de conflit (jeu de docteur où l’enfant fait subir à l’autre les pires atrocités).

7 – Les combinaisons symboliques anticipatrices :

Pour l’enfant, il s’agira de mieux accepter un ordre ou un conseil en anticipant symboliquement, dans ses jeux, les conséquences de la désobéissance ou de l’imprudence.

Ces combinaisons sont évolutives et acheminent l’enfant vers plus de cohérence, plus de respect de l’ordre chronologique dans le déroulement, un souci croissant de vraisemblance et d’imitation exacte du réel, une plus grande capacité à distinguer fiction et réalité.

 Extrait de l’article «  Le rôle du jeu dans le développement de l’enfant ». http://www.ac-grenoble.fr/ecole/74/maternelle74/IMG/pdf/le_role_du_jeu_dans_le_developpement_de_l_enfant_ageem2.pdf

 

les rudiments de la connaisance sont assimiles au fil des jeux

Pourquoi le jeu est-il un fabuleux moyen d’apprentissage ?

Parce que le jeu c’est agir pour le plaisir et parce qu’on apprend mieux en s’amusant. Quand on rit, on libère de l’endorphine qui calme les angoisses et l’anxiété et donc détendu, on mémorise mieux ! De même, « Les moments de bonheur déclenchent une sécrétion de dopamine, le neurotransmetteur de la joie, de la motivation, sans compter qu’ils câblent le cerveau d’attentes sociales positives » Isabelle Filliozat, préface Le cerveau de votre enfant, du Dr Daniel J. Siegel et Tina Payne Bryson, Ed. Les Arènes.

Patrice HUERRE écrit «Les meilleurs apprentissages se font dans le plaisir de découvrir, de manipuler des idées et des objets. Le reste, on l’emmagasine, on le mémorise, on acquiert des réflexes ».

Patrice Huerre, Place au jeu !

Patrice HUERRE , Place au jeu-Jouer pour apprendre, 2007, Ed. Nathan.

 

 

 

Quelles corrélations existent entre le jeu et les apprentissages ?

Grâce au jeu, l’enfant :

  • est actif : il réalise qu’il a un rôle à tenir (dans une équipe par exemple), il est prend plaisir à partager, à échanger avec les autres.
  • apprend les règles du vivre ensemble.
  • développe son langage et son expression, argumente, ordonne sa pensée, justifie ses choix.
  • acquiert des méthodes de travail : le sens de l’ordre, de l’enchainement logique, du raisonnement.
  • mobilise et développe des compétences.
  • est amené à se surpasser, poussé par ses partenaires de jeux et l’envie de gagner.

Donc, grâce au jeu l’enfant s’entraîne à : 

  • Mémoriser
  • Transposer une forme de langage dans une autre
  • Choisir et utiliser des abstractions, des principes et des règles
  • Analyser
  • Structurer
  • Acquérir un jugement critique
  • Transférer

Comme vous pouvez le voir, le jeu n’est pas une question légère, de nombreux théoriciens ont étudié la question. Même si cet article est très théorique, il me semblait important de le publier ici, car il  justifie en partie la place importante du jeu dans la parentalité ludique et la pédagogie positive que je préconise.

Et vous, aviez-vous conscience que le jeu était si important dans le développement de l’enfant ? Dites-le moi dans les commentaires ci-dessous, je me ferai un plaisir de vous répondre.

Ludiquement vôtre.

 

*crédit photo à la Une : Milesl

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2 thoughts on “Apprendre en jouant, oui mais pourquoi ?

  1. Passionnant tout ça!
    Ce que j’aime aussi dans le jeu, c’est qu’il est universel.
    Deux enfants qui ne se sont jamais vus ont directement le jeu en commun.
    Tous les enfants du monde ont besoin de jouer et jouent (ou en tout cas devraient pouvoir jouer), qu’ils aient des monceaux de jouets ou des cailloux et des bâtons!

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